L’avantage de la gestion sous mandat pour son PEA, c’est qu’on ne s’occupe de rien. Les inconvénients, ce sont les frais, l’accès difficile à l’information et l’impossibilité d’agir sur ce que l’on a. Exemple avec l’histoire du PEA de Monsieur Papasous.
Il était une fois le vieux PEA de Monsieur Papasous.
Premières expériences de Monsieur Papasous au pays du PEA
Le PEA de Monsieur Papasous est ancien. Il a été ouvert en 1997. A l’époque, le client ne passait pas lui-même ses ordres d’achat et de vente d’actions. Il allait chez sa conseillère, Mademoiselle M. Elle le conseillait vraiment. Après avoir épluché la presse financière, elle lui recommandait de « jolies petites valeurs ». Elle remplissait ensuite de vrais papiers en papier. Elle était désolée et présentait des excuses quand ses conseils n’avaient pas été judicieux. C’est ainsi que Monsieur Papasous avait acquis des actions de sociétés telles que Air liquide, LVMH et l’Oréal : beaucoup d’actions qui n’ont fait que prendre de la valeur depuis 1997.
Arrivée de l’informatique au Pays de Monsieur Komplexbank
Mais les temps ont changé. Mademoiselle M. est partie à la retraite. Les papiers qu’elle remplissait à la main ont été remplacés par des formulaires sur écran. L’internet est devenu le lieu où se font toutes les transactions financières. Mais il faut se débrouiller seul.
De plus, l’ordinateur a de grandes capacités de calcul. Les institutions financières les ont utilisées. Elles ont créé de nouveaux produits, des nouvelles combinaisons de produits et de nouvelles procédures pour accéder à ces produits.
Monsieur Papasous seul devant son écran
Aujourd’hui, il paraît que leurs sites internet sont ergonomiques. L’ergonomie, d’après le dictionnaire, c’est la « recherche de la meilleure adaptation entre un matériel et l’utilisateur ». Dans les faits, c’est Monsieur Papasous égaré devant l’écran de son ordinateur (s’il en a un!). Il ne s’est jamais servi d’un clavier car cela n’a jamais été son outil de travail. Il va sur internet avec la peur au ventre de faire une bêtise. Il arrive enfin sur le site où l’offre a explosé. Quoi chercher ? Comment chercher ? Quand il a enfin trouvé et qu’il se met à remplir le formulaire, une vilaine petite étoile rouge lui saute aux yeux : il a oublié de cocher une case. Bref, on comprend que Papasous ait eu envie de passer à la gestion pilotée de son PEA.
Passage à la gestion pilotée du PEA de Monsieur Papasous
Conseil de la banque : prendre une gestion pilotée
En 2018, Monsieur Papasous suit les recommandations de sa conseillère. Encore une nouvelle tête. D’ailleurs, depuis que Mademoiselle M. n’est plus là, il ne sait pas combien il en a rencontré de nouvelles têtes. Bref, il opte pour la gestion sous mandat de la banque où il a toujours eu ses comptes, comme tout le reste de sa famille.
On lui explique alors qu’il paiera des frais de mandats mais qu’en échange, il n’y aura plus de frais de garde. On lui dit aussi qu’il aura accès à des fonds plus diversifiés. On lui remet la brochure publicitaire.
Des actions de qualité remplacées par des (mauvais) OPC
Monsieur Papasous accepte l’offre. Il ne voit pas ce qu’il peut faire d’autre. Ses anciennes belles actions sont vendues et remplacées par des OPC (Organismes de placement collectif), une abréviation qui n’est pas expliquée dans le contrat de l’époque. Hélas, Monsieur Papasous ressort sans avoir compris que des frais d’environ 2 % allaient s’appliquer sur les fameux OPC. Non pas que la conseillère de l’époque ne lui ait pas expliqué. Mais elle ne pouvait rien lui montrer puisqu’il fallait d’abord qu’il signe le mandat pour que les fameux OPC arrivent sur son PEA.
Informations courrier nombreuses mais partielles sur les OPC
L’information par courrier arrive alors en abondance. Outre les bilans quadrimestriels et les relevés annuels de frais, toutes les opérations effectuées sur les fonds (achat et vente) sont documentées.
Par contre, manque à l’appel… le reste. A savoir : le DICI (Document d’information clés pour l’investisseur) de chaque fonds ainsi que les graphiques montrant l’évolution de la performance dans le temps. En lisant attentivement le contrat, on constate que ces informations là sont accessibles seulement sur le site internet de la société qui gère les fonds. On peut certes la demander à son conseiller. Mais cela paraît bizarre pour des documents « fournis conformément à une obligation légale ».
Pour résumer, Monsieur Papasous a choisi la gestion pilotée parce qu’il avait du mal. Mais pour savoir ce qui se passe vraiment sur son PEA, il doit aller chercher lui-même sur internet les informations légales et importantes sur son investissement. Sympa, l’accès à l’information !
Bilan chiffré après 6 ans de gestion pilotée
En 2024, Monsieur Papasous fait le bilan. Avec ses moyens à lui. Il regarde combien il aurait s’il n’avait rien fait, s’il avait conservé ses « bonnes petites valeurs ». Le constat est sans appel : la valeur serait plus élevée de 16 % que ce qu’il a actuellement (soit 1600 euros de plus pour 10000 euros).
Il essaie de comprendre son relevé annuel de frais. Coïncidence : la somme de ces frais correspond au 16 % perdus d’écart entre la valeur de son portefeuille actuel et ce qu’il aurait s’il n’avait rien fait.
Je lui propose une analyse des fonds en partant des informations légales sur les OPC, à savoir le DICI et la courbe dans le temps. Dès 2019, les fonds décrochent et au fil des années, ils décrochent de plus en plus. Comme le dit Monsieur Papasous : « visuellement, ça fait mal. »
La conclusion est claire. Les frais plombent les gains et grignotent la performance. Mais comme ils sont prélevés indirectement, ils restent peu visibles, surtout au début de la gestion pilotée. D’ailleurs, lorsque Monsieur Papasous a présenté les résultats officiels de ces fonds à sa conseillère actuelle, elle n’a pas discuté et l’a aidé à résilier la fameuse gestion pilotée.
Mauvais choix de gestion pilotée ou choix complexe ?
Quelles leçons tirer de la gestion sous mandat d’un PEA à partir de l’exemple de Monsieur Papasous ?
Une gestion coûteuse
D’abord, l’expérience à coûté cher. Les relevés annuels de frais montrent qu’ils se sont élevés à environ 2,2 % par an. Pour 10000 euros placés, cela signifie 220 euros par an, soit 1320 euros par tranche de 10000 euros sur 6 ans. Sachant que la tarification de ce mandat de gestion était appliquée à des placements entre 15000 et 75000 euros, on aboutit au tableau de frais suivant :
Il ne s’agit pas de la meilleure gestion pilotée du marché. D’après le site Avenue des Investisseurs, la moins chère serait proposée par Yomoni à 1,6 %. Mais 1,6 % cela reste beaucoup. Cela veut dire que toute gestion sous mandat du PEA coûte cher et qu’il faut le savoir avant de s’engager.
Un seul PEA par personne : une contrainte qui implique choix et démarches
A ce coût s’ajoute une contrainte à laquelle on ne pense pas. La loi autorise un seul PEA par personne. On ne peut donc pas ouvrir plusieurs PEA en même temps, par exemple afin de les comparer. Cela signifie qu’avant de choisir une gestion pilotée de PEA, on choisit toujours en premier un intermédiaire financier où ouvrir son PEA. On est obligé de faire un choix et des démarches avant d’avoir accès à la gestion pilotée. Or, la plupart des personnes qui se tournent vers la gestion pilotée cherchent à s’épargner choix et démarches. Pas étonnant donc que Monsieur Papasous se soit adressé à sa banque directement. Car aujourd’hui, maintenant qu’il a constaté que la gestion pilotée de sa banque n’était pas une bonne pioche, il fait quoi ? Et il va vers qui ?
De l’information, oui, mais sur internet.
Trouver les bonnes informations et les bons interlocuteurs n’est pas simple. N’oublions pas que Monsieur Papasous n’est pas très à l’aise avec internet. Et où sont les informations ? Sur internet, évidemment.
Or, Monsieur Papasous a ouvert son PEA en 1997, avant l’explosion de l’internet. A-t-il été accompagné dans cette mutation ? Jamais. A aucun moment, les banques ne sont donné la peine d’aider leurs clients et clientes à prendre en main la transformation numérique qu’elles leur imposaient. Elles leur ont juste proposé de nouveaux produits complexes. Sur certains DICI (je rappelle qu’il s’agit d’un document d’information légal et obligatoire), on peut lire : « Vous êtes sur le point d’acheter un produit qui n’est pas simple et qui peut être difficile à comprendre. » Aujourd’hui, on reproche aux Français et aux Françaises de manquer de culture financière, de ne pas s’être formés. Mais qui s’est préoccupé de les soutenir dans cet effort ? Personne. Les banques sont soigneusement restées aux abonnés absents. Du coup, est-ce intéressant d’avoir un PEA ?
Le PEA, un investissement encore intéressant ?
C’est quoi au juste un PEA?
D’abord, il faut comprendre à quoi il sert et ce qu’il permet de faire. PEA signifie plan épargne en actions. Il permet d’investir en bourse. Les actions, ce sont des parts (des petits bouts) d’entreprises. Cela veut dire qu’on est un tout petit peu propriétaire d’entreprises et qu’on les finance un petit peu. Quand elles vont bien, on gagne des sous. Quand elles ne vont pas bien, on en perd. Il y a donc des hauts et des bas. Depuis de nombreuses années, malgré les bas (et il y en a eu de très gros), la bourse est toujours montée. Le PEA permet donc de s’initier au financement des entreprises et de profiter de leurs résultats grâce à la bourse.
Avantages du PEA
L’intérêt principal du PEA, c’est de payer moins d’impôts sur ce que nous rapporte la bourse. En échange, il faut remplir certaines conditions. Je ne vous donne ici que les plus importantes. D’abord, c’est un seul PEA par personne habitant en France. Ensuite, on peut y mettre seulement 150 000 euros (les gains ne sont pas inclus dans ces 150 000 euros). Puis, le choix des actions et des fonds à investir peut être limité car certains fonds et actions ne sont pas éligibles au PEA. Enfin, pour payer moins d’impôts, il faut laisser l’argent au moins 5 ans sur le PEA.
De l’intérêt véritable du PEA
En résumé, le PEA permet d’investir en bourse en payant moins d’impôts. Certes, il y a des risques. On peut perdre de l’argent. Par exemple, si on a des actions d’une entreprise qui fait faillite. Par contre, on peut gagner plus si l’entreprise se développe. Le PEA peut donc être un placement intéressant pour de l’argent dont on n’a pas besoin tout de suite. Le point où il faut être très clair : le PEA ne sert pas à gérer les coups durs et les imprévus. J’éviterais aussi d’ouvrir un PEA parce que le banquier m’a dit de le faire pour prendre date. Si je ne comprends pas à quoi sert un PEA et ce qu’il peut m’apporter, je ne vois pas l’intérêt d’en ouvrir un.
Quoi faire maintenant du PEA de Monsieur Papasous ?
Se former et préférer la gestion libre de son PEA
Tous les Monsieur Papasous n’ont pas une Mamansous pour les guider et les former. Je vais donc essayer de vous donner des pistes pour faire avancer le schmilblick (votre PEA en gestion pilotée). Je ne vais pas vous le cacher. Monsieur Papasous a décidé de renoncer à la gestion pilotée. C’est d’ailleurs ce que recommandent les sites d’éducation financière sérieux tels que Avenue des Investisseurs.
Toutefois, si je devais me tourner vers une gestion pilotée de mon PEA, voici ce que je ferais. Et le véritable intérêt pour le faire, c’est que la démarche est en partie transposable à d’autres situations, à d’autres produits financiers et, cerise sur le gâteau, à d’autres achats tels que la téléphonie, l’électricité et les assurances.
Commencer par chercher de l’information vraie, vérifiable et factuelle
La première étape consiste à s’informer au près de sites fiables et factuels. Je vais peut-être vous surprendre, mais les sites officiels de notre gouvernement français et de ses institutions sont de très bonne qualité. Ils expliquent, proposent des modèles (par exemple de lettres) et peuvent aussi fournir des simulateurs.
Pour ce qui est du PEA, allez directement sur le site de l’AMF (Autorité des marchés financiers : allez sur l’espace « épargnant ») et tapez « PEA » dans la barre de recherche. On vous explique ce qu’est un PEA, quel est l’intérêt d’en avoir un et à quoi il faut faire attention pour en tirer le meilleur.
Sur ce même site de l’AMF, j’ai trouvé une page que vous devez lire si vous envisagez la gestion pilotée appelée aussi gestion sous mandat. Il s’agit d’un recadrage des obligations des banques (et autres fournisseurs de gestion pilotée) à l’égard du consommateur, donc de vous.
Le cadre légal, fondamental pour votre sécurité financière
Le cadre légal a été conçu pour que vous puissiez vous diriger plus facilement dans la jungle des questions d’argent. Pour ce qui concerne le PEA en gestion pilotée, voici les documents que votre banque ou assurance doit vous fournir :
• Le contrat avec ses conditions générales de vente
• Les conditions particulières du contrat
• Le relevé des activités
• Les coûts (directs et indirects) avec tous les ans un récapitulatif des frais
• Le contenu du portefeuille, en particulier les DICI dont vous trouverez le descriptif sous ce lien.
Si la loi exige que ces documents vous soient donnés, c’est qu’ils sont importants. Je sais que cela vous soule. Je sais aussi que les banques trainent des pieds à vous les remettre même quand vous les demandez expressément. Mais il est indispensable d’apprendre à les lire et à les comprendre. A mon avis, il s’agit là d’une compétence nécessaire, obligatoire, incontournable et impérative de l’éducation financière. Plus importante même que les maths.
D’autant que ces documents sont standardisés. Vous les retrouvez partout. Les contrats, ça va de l’électricité, à l’eau en passant par la téléphonie. Bref, cela concerne tous les produits de première nécessité qui coûtent cher. Les coûts et le récapitulatif des frais, c’est valable pour tous vos comptes bancaires. Donc en apprenant à lire ces documents, vous ne vous limitez pas au PEA mais vous apprenez à ratisser large en terme de connaissances.
L’autre avantage de cette maîtrise, c’est que le banquier n’aura pas d’arguments à vous objecter. Quand Monsieur Papasous a résilié la gestion pilotée de son PEA, j’avais apporté tous les DICI ainsi que les graphiques montrant l’évolution des fonds. C’était imparable, les faits parlaient d’eux-mêmes. Et comme je l’ai dit précédemment, la conseillère a fait la demande de résiliation à notre place alors que la procédure indiquée dans le contrat, c’était la lettre recommandée avec accusé de réception. Elle a aussi fait un geste commercial : Monsieur Papasous n’a pas payé les frais de mandat du mois alors que celui-ci était commencé.
Que retenir de la gestion pilotée pour son PEA ?
En conclusion, voici quelques points pour vous guider :
• Premièrement, il vaut mieux éviter la gestion sous mandat de son PEA. Les frais sont élevés et absorbent une partie de la performance boursière. Il vaut donc mieux privilégier une gestion libre.
• Deuxièmement, il faudra vous former de toute façon. Car avant de choisir une gestion pilotée qui vous permet de ne rien faire, vous devez choisir l’intermédiaire où vous allez ouvrir ou transférer votre PEA. Dans ce domaine, il vaut mieux faire des choix réfléchis que d’y aller au doigt mouillé.
• Troisièmement, si vous êtes vraiment perdu, voici quelques points à prendre en considération :
◦ Prenez votre temps même si vous ressentez une pression à la vente. Vous n’êtes pas obligé de sortir de votre RDV en ayant signé un engagement. Si vous l’avez fait et que vous regrettez votre décision, vérifiez en rentrant chez vous s’il n’y a pas un formulaire de rétractation. N’oubliez jamais que c’est votre argent, que vous avez fait des efforts pour l’économiser et qu’il serait dommage de mal le placer.
◦ Faites vous expliquer les frais : vous devez sortir de chez votre banquier en sachant exactement combien cela va vous coûter. N’hésitez pas à les faire écrire noir sur blanc par le banquier ou la banquière. Il ou elle sera sans doute réticent, mais c’est son travail et c’est aussi une obligation légale.
◦ Soyez attentif à la manière dont l’information vous a été fournie. Avez-vous récupéré tous les documents obligatoires ? Si ce n’est pas le cas, il y a certainement un loup. Vérifiez aussi que vous n’aurez pas de mal à retrouver ces informations une fois chez vous. Si vous n’y arrivez pas, ce n’est pas nécessairement vous qui êtes idiot. Il peut se produire qu’elle ne soit pas facile d’accès.
◦ Commencez à vous former. Apprenez à connaître les documents qui doivent vous être obligatoirement fournis. Triez, lisez-les, essayez de les comprendre, seul ou avec d’autres. C’est une première étape. Commencer par le récapitulatif des frais me paraît être le plus facile, mais pas nécessairement agréable.
Pour finir, j’estime que vos sous à vous et les miens ont trop de valeur pour être pilotés sans comprendre comment ça marche.



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